La rousse chevelure de Celennia retombant sur ses épaules dégoulinait. La pluie qui tombait fort avait rendu le chemin jusqu'au Temple boueux, et le cheval d'un cavalier fort pressé n'avait pas oublié de projeter sur elle quelques trainées d'immondices terreuses. Le soir n'était pas encore à son heure, mais les épais nuages sombres ternisaient le peu de lumière qui les traversait. Dans la vallée, à quelques lieues, une forte tension se fit sentir. L'éclair qui avait jaillit frémissait de férocité, et Celennia ressentit un frisson en le regardant. Elle savait que cette démonstration de puissance était un avertissement fait aux habitants de ce monde. Les dieux leurs rappelaient ainsi qu'il n'était pas permis de les défier. A l'approche du Temple, elle se demandait quels présages ils lui réservait.
Celennia savait qu'elle offensait les dieux depuis quelques années. Elle avait décidé de ne plus croire en eux, elle avait décidé de les abandonner, comme eux avaient abandonné son pays. Jusqu 'à maintenant cela lui avait bien réussi, même si sur son visage la dureté se faisait de plus en plus visible. Au fil du temps, bien que la justice fut toujours de rigueur, la compassion finnissait par être oublié. Depuis combien de temps ne temps ne l'avait-on pas entendu rire... Les dieux nous apportent bien plus que ce que l'on veut voir, une âme, et Celennia ne l'avait pas encore compris.
Dans la pénombre, le Temple se distingua enfin. La muraille était à sa base faite de pièrre d'un bloc que, s'imagine t'elle, seuls des géants auraient pu les déposer ici. Le haut des murs restait de pièrre épaisse et lourde, capable de résister à de puissantes armes de siège. La bannière claquant aux vents se moquait fièrement de l'orage, car seul le souffle des dieux pourrait l'user. Près du porche, une statue représentait un dieu qui lui était inconnu. Elle ria interieurement pour se moquer d'elle même. Un Temple...et si les rituels de ce dieu étaient des sacrifices. Et bien, pensa t'elle, il suffisait de rester dans sa riche demeure et elle n'aurai pas eu besoin de se poser cette question. La nuit allait tomber, elle n'avait plus le choix.
Elle pressa donc le pas, et c'est crasseuse et trempée qu'elle parvint à la lourde porte de chêne. Elle héla un garde en espérant que le vent ne fasse pas fuir ses paroles. Celui-ci lui fit un signe, elle attendit encore sous la pluie battante, quand un bruit de loquet se fit entendre. La porte s'ouvrit doucement avec un grincement strident témoignant de son ancienneté, Celennia recula d'un pas ne sachant à quoi s'attendre. Dans l'attente et l'inquiétude, elle n'avait pas pris conscience que les nuages se dissipaient, et qu'enfin une once de lumière apparaissait, dispersant une douce chaleur.